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Les enquêteurs essaient toujours de déterminer les circonstances de l'incendie qui a provoqué la mort de sept personnes à Dijon samedi. Photo Philippe Bruchot/Maxppp«Dès que j’ai senti la fumée, je n’ai pas réfléchi, j’ai sauté»

La façade latérale de l’immeuble est noire, totalement carbonisée du rez-de-chaussée jusqu’au neuvième et dernier étage. Dans la nuit de samedi à dimanche, les 141 résidents du foyer Adoma (ex-Sonacotra) de Dijon ont vécu un cauchemar. Parti vers 1 h 30 d’un feu de poubelle pour une raison inconnue, dans un appentis attenant à l’immeuble, l’incendie s’est propagé à une vitesse fulgurante. Un habitant est mort en sautant du septième étage, sous l’effet de la panique ; six autres ont péri asphyxiés : des hommes âgés de 40 à 60 ans, de nationalité française, sénégalaise, algérienne et vietnamienne, selon la préfecture. Onze autres résidents (dont trois enfants) de ce foyer accueillant des demandeurs d’asile, y compris des familles, et des travailleurs ou retraités migrants, ont été évacués dans un état grave par hélicoptère vers Lyon, Metz ou Nancy, où ils ont été placés dans des caissons hyperbares. Arrivés sur les lieux dix minutes après avoir été alertés, les pompiers ont dû dissuader des habitants qui s’apprêtaient à sauter par les fenêtres et évacuer une partie des habitants par échelles aériennes, le feu étant déjà très développé.

«Attente».En tongues sous la pluie, un homme résidant au premier étage raconte : «Dès que j’ai senti la fumée, je n’ai pas réfléchi, j’ai sauté.» «Par la fenêtre de ma cuisine, j’ai vu la fumée monter à toute vitesse, j’ai attrapé ma fille de trois mois et suis descendue par l’ascenseur», raconte Mireille. Labyad, un Marocain qui habitait depuis six ans au quatrième étage, du côté opposé, a réussi à empêcher la fumée d’entrer dans sa chambre : «C’est l’alarme qui m’a réveillé. J’ai calfeutré la porte avec une serpillière mouillée et j’ai pu attendre que la fumée se calme.» Comme 133 autres résidents légèrement intoxiqués, il a été évacué par bus vers le CHU de Dijon puis, après examens, vers le palais des sports mis à disposition par la ville pour accueillir les sinistrés. En fin d’après-midi, un par un, les rescapés en bonne santé, quoiqu’en état de choc, sont allés chercher des affaires, en particulier leurs précieux dossiers administratifs, dans leurs chambres inutilisables selon la préfecture. Avec ces quelques biens, ils sont repartis vers les logements d’urgence trouvés par la préfecture, la mairie et l’office HLM, jusqu’à Chalon-sur-Saône ou Digoin.

«Notre cellule continue à chercher des solutions pour reloger les 90 résidents encore hospitalisés, au fur et à mesure de leur sortie. Nous veillerons à ce que ceux qui ont un emploi restent à Dijon», assurait hier après-midi Alain Millot, le premier adjoint au maire. De nombreux habitants de ce quartier populaire de Fontaine-d’Ouche ont passé leur dimanche devant le foyer, en quête de nouvelles. Les yeux rougis, Fatima et ses deux sœurs viennent d’apprendre la mort de l’un des résidents sénégalais : «Nous le connaissions depuis notre enfance, il vivait ici depuis des dizaines d’années, vendait des sacs à main et des lunettes sur le marché. Il avait toujours le sourire, toujours une blague à raconter.»

Remise aux normes.Face au drame, l’incompréhension domine, la colère aussi, parfois : «On entasse les gens comme des animaux, dans des chambres minuscules, dénonce Muépu, originaire de la République démocratique du Congo, qui a vécu dans ce foyer. Il n’y avait même pas d’issues de secours !» William, qui a perdu son grand-père de 66 ans dans l’incendie, ne veut pas croire à un accident : «Comment le feu a pu monter aussi haut, aussi vite ?» Le capitaine Roy, du service départemental d’incendie et de secours de Côte-d’Or, a expliqué à l’AFP que l’incendie «s’est propagé par la partie isolante du bâtiment, provoquant d’énormes dégagements de fumée». La façade, en U, a aussi pu provoquer un effet de cheminée. Le foyer avait fait l’objet d’une remise aux normes en 2004. Reste à déterminer l’origine de l’incendie. «S’il s’agit d’un acte criminel, les auteurs seront recherchés, identifiés et arrêtés», a déclaré le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux qui s’est rendu sur les lieux hier.

Source : Le Point