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Incendie d'un foyer à Dijon / Source : Le PostAccroché aux draps, Samba a fini par céder

Difficile réveil dimanche pour les proches et les amis des résidants du foyer. Des hommes et des femmes écrasés par le sinistre.
Il est un peu plus de 8 heures ce dimanche matin, au pied de ce qu’il reste de l’immeuble Adoma. Un paquet de saucisses acheté chez un discounter, et un sac de linge propre à la main, Jones, citoyen du Liberia, arrive et découvre son immeuble. Le garçon est sonné. « Ma chambre est au troisième, mais je n’ai pas dormi là », déclare l’homme âgé d’une trentaine d’années. Puis très vite, des sanglots et des larmes. Jones vient de comprendre qu’il a eu beaucoup de chance… « Ici, c’est le passage obligé des Africains quand ils arrivent à Dijon. Il y a une dizaine d’années, il y a déjà eu un incendie qui s’était déclaré au septième étage. Mais sans faire de victime cette fois… »

Kingsley est affecté. Aujourd’hui, ce Sénégalais habite à Chenôve, mais il a habité dans le foyer. « J’ai perdu un ami cette nuit. Regardez par cette fenêtre, des draps ont été noués, assemblés et reliés à la fenêtre. Samba, 70 ans, Sénégalais également, s’est accroché à cette corde de fortune. Puis il a sauté du sixième étage… » Au pied de l’immeuble, la main courante métallique est en effet déformée par le choc. Par terre, du sang. Ici, Samba, bien connu sur les marchés de Dijon, a trouvé la mort. Loin de son pays. En France. Sa famille, qui habitait avec lui, était retournée au pays la semaine dernière…

L’heure avance en ce début de matinée, la foule enfle. Un petit bout de femme, accrochée à son téléphone portable, avance sur le trottoir, en osant à peine lever les yeux en direction des décombres. « Je cherche à avoir des nouvelles de mon frère Jean-Claude », demande Sanavay dans un français très hésitant. « Son téléphone ne répond plus. Il habitait chambre 401 depuis une dizaine d’années », reprend cette dame originaire du Laos. Elle va attendre, inquiète. Derrière elle, un gamin sur son vélo, les larmes aux yeux. « Je cherche mon père ! » Pas de réponse. Le gosse prend la direction de l’hôpital pour tenter d’avoir des nouvelles. Des nouvelles. La quête de tous ces gens rassemblés et hagards. Dans l’air, subsiste encore l’odeur âcre du feu, des fumées et de la mort.

« Mon ami s’est installé ici il y a une semaine », s’insurge Rougiatou, une jeune femme originaire de Mauritanie. Dans sa poussette, son enfant qui ne comprend pas. Peut-être aura-t-elle des informations sur Tiam, son ami, qui attendait dans ce foyer, d’avoir un nouveau logement. « Il travaillait. Mais pourquoi est-il venu ici ? », crie Rougiatou, en tournant la tête pour cacher son émotion.

Un autre groupe se forme. Des réfugiés tchétchènes déboussolés, eux aussi. « On a vu deux personnes sauter ! » « Tous les gamins ici sont scolarisés en face. Comment gérer ça demain ? » Ameri est Algérien. Il vient d’arriver sur place. Il a des amis qui habitent ici. « J’ai habité dans cet immeuble dans les années soixante-dix. À l’époque, il y avait de la sécurité. Les accès étaient surveillés. Regardez, les poubelles sont visibles depuis l’extérieur. Il suffit d’une bêtise et tout brûle ! » Tout brûle. Et tout s’arrête. « Le feu a pris très vite. On aurait dit une pinède », raconte un dernier témoin.

Hier matin, la Fontaine-d’Ouche s’est réveillée après avoir fait le pire de ses cauchemars.

Jean-Philippe GUILLOT

Source : Bien Public